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Les événements du 20 août 1955 auraient «sauvé» la révolution, selon Mohamed Guechoud . Lors d’une rencontre, Mardi, au musée du Moudjahid, ce membre de l’ALN a rappelé qu’à cette période la révolution passait par une phase difficile, suite à la mort et l’arrestation d’un bon nombre de leaders du FLN, dont des membres du groupe des 22. «C’est ce qui a compromis la stratégie de lutte suivie jusque là. La France coloniale avait mobilisé toutes ses forces dans la région des Aurès, pensant que c’était le fief de la révolution», a-t-il expliqué. « Très vite, elle a mis la région sous- embargo, rendant difficile la communication entre les chefs de la révolution et l’acheminement du ravitaillement», a-t-il renchéri.

La riposte de Zighoud Youcef,  chef de la Wilaya II, n’a pas tardé. Il a préparé un   plan pour attaquer et donner un nouveau souffle à la révolution. «Ce plan comportait trois points essentiels : Attaquer 39 sites stratégiques en impliquant la population, lancer les attaques à partir de 12h00 et les poursuivre durant huit jours », a-t-il précisé. Le plan, toutefois n’a pas eu, semble-t-il, l’avis favorable des subordonnés de Zighoud. «Ils considéraient que pousser une population pratiquement désarmée à se battre, en plein jour pendant plus d’une semaine, s’apparentait à un suicide.

Mais Zighoud avait fini par les convaincre de la portée de sa démarche », a-t-il souligné. Au niveau national, l’implication de la population visait à de renforcer les rangs de la révolution par de nouvelles recrues et à prouver que les moudjahidines sont soutenus par le peuple et n’étaient pas des hors la loi comme le prétendait la France coloniale. «Lancer le attaques à 12h, c’est prouver à la France que les moudjahidines sont en position de force et capables de la défier en plein jour », a-t-il poursuivi. Zighoud a ensuite réduit la durée des combats de huit à trois jours et trois nuits pour ne pas laisser de répit aux colons, les pousser à mettre la pression sur l’armée coloniale afin qu’elle n’étouffe pas les Aurès», raconte-t-il. D’ailleurs, selon lui, ces événements ont conduit à une rupture nette entre colons et les algériens, compromettant ainsi l’espoir d’une troisième voie miroitée par des responsables français. «La France ne pouvait plus prétendre surtout que la cause algérienne restait une affaire interne», a-t-il ajouté. Les attaques ont détruit les cibles retenues mais la riposte coloniale  a été des plus violentes, causant la mort de 12 000 algériens. «En dépit des pertes, le plan de Zighoud a atteint ses buts puisque la révolution s’est renforcée par de nouvelles recrues. L’embargo des Aurès s’est fissuré et la France a compris que la révolution concernait toute l’Algérie», a-t-il assené. Sur le plan international, l’écho de ces événements a favorisé l’inscription de la question algérienne dans les travaux de la session ordinaire de l’assemblée générale de l’ONU, le 23 septembre 1955.  

Pour l’historien Amar Rekhila, les événements du 20 août 1955 ont donné un cachet populaire à la révolution. «C’était un succès sur le plan diplomatique, politique, militaire et même psychologique », a  t-il soutenu rappelant qu’ils ont été couronnés par la tenue du congrès du Soummam une année après. Reprenant la parole, Guechroud a précisé  que   « la résolution du congrès, relative à la primauté de l’intérieur par rapport à l’extérieur, a été prise auparavant, lors d’une réunion le 24 octobre 1955. Le congrès n’a fait que l’entériner »

Farida Belkhiri