19 juin 1956 Le jour où Zabana fut guillotiné
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Mercredi 12 Août 2020
Journal Electronique

 Ce jour-là pour Yacef Saadi, le colonialisme avait comme tranché la tête de tous les Algériens.

Longtemps, le 19 juin fut synonyme du coup d’état qui porta Houari Boumediène au pouvoir en 1965. La journée chômée et payée, jusqu’au retour de Boudiaf de son long exil, fut choisie pour faire jouer la finale de la coupe d’Algérie de football.

Dans l’histoire de l’Algérie, un événement qui s’est produit ce jour de l’an 1956 a eu des répercussions sismiques. A l’aube, Ahmed Zabana (30 ans), de son vrai nom Zahana, comme la ville qui porte aujourd’hui son nom, puis Abdelkader Ferradj furent guillotinés à la prison Serkadji vers 4 h du matin. Ils furent les premiers des 222 algériens qui vont perdre la vie sous l’échafaud durant la guerre de Libération. Dans un livre sur «François Mitterrand et la guerre d’Algérie» (Calmann-Levy-2010 ), les auteurs François Malye et Benjamin Stora, se basant sur les aveux du bourreau Fernand Meyssonnier, décédé en 2008, et les notes de son père dont il prit la place, racontent dans le détail cette ultime journée et le cynisme de ceux qui assistèrent à la scène macabre. C’est Maurice le père, alors premier adjoint du bourreau en titre, André Berger, qui tranchera à la guillotine la tête des deux condamnés à mort. Ferradj était accusé d’avoir participé à des incendies de fermes dans la région de Lakhdaria. Zabana était un militant de l’OS (Organisation spéciale) qui prit part à l’attaque contre la poste d’Oran en avril 1949 et à qui la justice coloniale imputa la mort, le 5 novembre 1954, d’un garde forestier dans la région de Sig.
Le film «Zabana !» de Saïd Ould-Khelifa, sorti en 2012, s’ouvre d’ailleurs sur le hold-up de la poste d’Oran puis reconstitue l’atmosphère de la prison de Serkadji où des scènes ont été tournées. On y voit notamment Ali Zamoum, originaire du village d’Ighil Imoula où fut tiré la déclaration du 1er Novembre. C’est, dit-on, le dernier à avoir conversé avec le martyr dont il était un voisin de cellule. Dans son livre «Tamurt Imazighen, Zamoum rapportera des souvenirs précis. «…. Un gardien vient me dire qu’Arab Hamraoui (de la région de M’chedallah, Bouira) allait être hébergé dans ma cellule. Auparavant, celui-ci était installé avec Zabana et Mohamed Imerzoukène dans la même cellule qui faisait face à la nôtre et à côté de celle où était détenu Moufdi Zakaria, l’auteur du fameux poème sur Zabana», écrit-il notamment. «Imerzoukène fut logé ailleurs. Pour Si H’mida et moi, c’était la confirmation de ce que nous savions déjà. Ils l’isolaient pour le trouver seul le lendemain à l’aube», poursuit Zamoum qui n’a rien oublié de la nuit qui a précédé l’exécution. «Nous sommes restés éveillés… nos cellules se faisaient face… Nous sommes restés accrochés aux deux petits barreaux, nos têtes dans l’encadrement, à échanger des propos… pour passer le temps… et la plus courte nuit a commencé… Mes amis dormaient profondément, personne ne se doutait de rien. Auparavant, je lui avais envoyé une gamelle améliorée par nos soins avec quelques ingrédients achetés à la cantine (…) Il m’a offert un Coran et son carnet de notes. Un petit carnet bleu dans lequel il avait écrit les dates des différents procès.»
Lorsque les gardiens viennent au petit matin arracher de sa cellule Zabana, Ali Zamoum raconte que tous les condamnés à mort étaient debout.
«Et tous les détenus de Serkadji se sont réveillés. Nous avons commencé à protester : «A bas l’impérialisme ! Vive l’Algérie libre ! L’ALN vaincra !», suivis de chants patriotiques. Ali Zamoum criait à son ami : «Courage. Il ne faut pas avoir peur. Courage Si Hmida.» Et Zabana de le rassurer : «Mais non, je n’ai pas peur, rassure-toi. C’est seulement celui-là qui nous dérange…». Ils les ont emmenés vers la cour d’honneur. «N’aie pas peur, Si Hmida ! N’aie pas peur !», crie Ali Zamoum. Au moment de quitter ses compagnons, Hmida répète jusqu’au lieu d’exécution : «Je meurs, mais l’Algérie vivra. Je meurs mais l’Algérie vivra.» Sa voix puissante s’élevait vers les salles et les cellules des étages de la prison, vite recouverte par les milliers de voix qui lui répondaient : «Vive l’Algérie ! Gloire aux martyrs», écrit Zamoum. D’autres militants, comme Zohra Drif, Djamila Bouhired, Guerroudj, Yacef Saâdi furent condamnés à mort à la même époque mais seront graciés. Parlant de la mort de Zabana, Yacef Saâdi dira que «ce jour-là, le colonialisme venait de couper la tête de tous les Algériens» .

Le testament du martyr
La riposte du FLN, qui distribua partout la lettre écrite par Zabana à ses parents, est une succession d’attentats. Du 20 au 24 juin, 20 attaques à Alger vont faire 10 victimes dont 7 Européens. Les ultras vont réagir en déposant une bombe à la rue de Thèbes, dans la Basse- Casbah, qui fit un carnage. La réaction du FLN va culminer avec les bombes qui vont exploser le 30 septembre 1956, notamment celle du Milk Bar, à deux pas de l’actuelle place Emir- Abdelkader. Zohra Drif, qu’il déposa relate, en détail, dans ses mémoires le déroulement de l’opération, nouveau pas vers ce qui est improprement désigné comme «la bataille d’Alger». 1956 s’achève sur l’assassinat du caïd Aït-Ali puis d’Amedée Froger, le puissant président de la Fédération des maires et très «Algérie française». Autant d’actions qui vont conduire les autorités françaises à faire appel à l’armée qui entre en scène le 7 janvier 1957 et qui va tout faire pour briser la grève décrétée par le FLN, à la veille d’un débat à l’Onu de la question algérienne. Les voix comme celle d’Albert Camus, qui plaide pour une trêve civile, ne se font pas entendre. Le FLN élimine progressivement le MNA de Messali El Hadj et se retrouve face à l’armée française et aux ultras qui au fil des semaines vont se rebiffer et tenter d’imposer leur loi en fomentant, eux aussi, des attentats. Après avoir refusé la désignation du général Catroux au poste de ministre-résident en Algérie, ils vont, en février 1956, clamer dans la rue leur hostilité au socialiste Guy Mollet, nommé président du Conseil après le triomphe du Front républicain aux élections législatives organisées le 2 janvier 1956. Dans son livre «Algérie, nation et société», Mostefa Lacheraf note à juste titre qu’«aux yeux des colons, la France en Afrique du Nord, c’est avant tout une autorité suprême qui leur garantit souvent des profits exorbitants et une force répressive impitoyable dirigée contre les autochtones». «Enfants gâtés, ils savent que leurs sautes d’humeur restent impunies, que leurs excès sont tolérés, et cela les encourage à recommencer».

Répression à grande échelle
L’engrenage entre répression et résistance conduira à l’affaiblissement du Comité de coordination et d’exécution (CCE) dont les cinq membres désignés lors du congrès de la Soummam fuient in extremis le déchaînement des paras de Massu. Ce qui se produisit à Alger en 56-57 sera comme un séisme dont les répliques seront ressenties en Kabylie avec la Bleuite, et d’aucuns voient dans l’échec de la grève des 8 jours le début du processus qui conduit à l’isolement et à l’affaiblissement d’Abane, la tête pensante du FLN à Alger. Le concepteur de la Bleuite fut le capitaine Leger qui fit d’abord ses preuves dans la Medina. D’autres wilayas vont accueillir aussi les étudiants qui fuient la ville qui brûle et affronter les paras de Bigeard. Beaucoup de dirigeants vont surtout disparaître en l’an II de la révolution. Ben Boulaïd meurt le 27 mars et Zighout le 23 septembre peu après le congrès de la Soummam auquel il prit part. Outre Ben M’hidi, l’avocat Ali Boumendjel, Taleb Abderrahmane, Maurice Audin seront des victimes d’une répression à grande échelle. Des centaines de personnes seront emprisonnées en dehors de toute légalité et des milliers d’autres vont disparaître sans laisser de traces. La guillotine va tourner à plein régime, rien qu’en février 1957, dix militants, dont Fernand Iveton, seront exécutés. Le film «la Bataille d’Alger», où Yacef Saadi a joué son propre rôle, immortalisa des aspects de cette séquence historique. Il se termine sur la mort d’Ali la Pointe et de ses trois compagnons. Il évoque aussi la torture qui, à l’époque déjà, suscita l’indignation de journalistes et d’écrivains français, voire de militaires comme le général Bollardière. Deux livres, «la Question» d’Henri Alleg et «le Témoin» de Djamel Amrani, témoignent de la cruauté des tortionnaires. «Massu fit de notre pauvre capitale, la capitale mondiale de la torture, du supplice et des mauvais traitements et l’usine à supplices prenant des dimensions industrielles», écrit Zohra Drif. Yacef Saâdi, Saâd Dahleb, Benkhedda, Bigeard, Lebjaoui , Louisette Ighilahriz, Aussaresses, Massu, Brahim Chergui ont relaté leurs souvenirs sur cette période qui a suscité le plus d’écrits embrassant divers aspects (torture, presse, fonctionnement de la justice). Ces événements tragiques, longtemps escamotés en France, vont remonter à la surface il y a une vingtaine d’années, dans le sillage d’un débat sur la colonisation, la pratique de la torture qui éclaboussa, entre autres, Jean-Marie Le Pen. En Algérie aussi, on continue d’entretenir le devoir de mémoire et de solder les comptes d’une histoire qui n’a pas fini de produire ses répliques.
 R. Hammoudi

 

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La Direction des industries mécanique militaires procèdera le 11 août, à 11h, au niveau de la société algérienne de l’industrie lourde à Rouiba (Alger), à la distribution des camions Mercedes Benz au profit de la direction centrale du matériel et aux différents organismes publics et privés.

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