Premier jardin de permaculture à Tipasa:Le combat d’un homme amoureux de la nature
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Mardi 26 Mai 2020
Journal Electronique

L’infatigable militant écologiste Amar Adjili ne désespère jamais de voir un jour la nature reprendre ses droits. Où il passe, il sème les graines de l’espoir et pousse d’autres à en faire autant. Convaincu de l’idée que les beaux discours demeurent stériles s’ils ne sont pas prolongés par le geste, il a adopté la philosophie du colibri, pour qui un acte salutaire, aussi petit soit-il, envers la nature vaut mieux que toutes les volontés qui ne prennent pas corps dans la réalité.

Amar Adjili, un algérien de M’sila qui a grandi et effectué ses formations en France affronte depuis ces dernières années, souvent seul, l’impitoyable milieu des détritus et déchets qui défigurent les plages, les villes et les cours d’eau. Muni de simples outils de nettoyage et d’une grosse quantité de sacs poubelle, il avec une rare pugnacité la guerre aux ordures. Son premier combat a été à la mythique plage Chenoua et Matarès. Tous les jours que Dieu fait, il sillonnait son long rivage pour débarrasser son sable des ordures qui l’étouffe. Il faut savoir que Chenoua est doublement pénalisée par la pollution. En plus des déchets laissés sur place par certains estivants, elle est aussi l’un des gros réceptacles des détritus qui s’amasse dans la baie de Bou-Ismail.

Tout seul, il ratissait le rivage centimètre par centimètre jusqu’à soulager après des heures de fort labeur, la plage de sa saleté. Dans le meilleur des cas, les badauds lui manifestait leur solidarité avec des encouragements, tandis que d’autres le regardaient avec curiosité. Au fil du temps, d’autres citoyens rallient sa cause. Grâce en partie aux réseaux sociaux son œuvre salvatrice a eu un écho. Désormais, des twiza (volontariats) pour nettoyer les milieux naturels commencent à s’organiser. Entre temps, Amar Adjili étend son action au-delà des frontières de Tipasa. Dans la Capitale, il s’enfonce jusque dans les quartiers populaires pour nettoyer des pans d’Alger la blanche tandis qu’à Tizi-Ouzou, il répond aux cris de détresse de la luxuriante forêt de Yakourène et tant d’autres endroits agonisants sous le poids des ordures. Il initie avec une association à Tizi-Rached des projets écologiques. Sa quête pour préserver l’environnement n’a pour ainsi dire pas de frontière.

Amar Adjili est aussi un révolté. Aussi souffre-t-il du sort réservé aux forêts. Pour lui, il est inadmissible que le couvert végétal soit à la merci des flammes et du béton. Si la forêt recule, c’est le destin de l’homme qui se trouve de facto compromis. « La situation urge. Il faut planter des arbres même en été, car les choses évoluent négativement. Nous nous devons de contribuer à la régénération de la flore», alerte-t-il. Loin d’être que des paroles creuses, il invite à visiter un de ses projets qui prend déjà forme dans un endroit laissé en jachère des années durant, et devenu un véritable éden sur terre. Cet endroit est situé sur les hauteurs à Tipasa ceinturé de toutes parts par des immeubles d’une Cité. Un espace où dans un passé récent des déchets solides et des ordures empêchaient la poussée de toute verdure. De février à ces jours, l’endroit a radicalement changé. Une centaine d’arbres fruitiers ou exotiques se dressent fièrement dans un milieu dépollué. A leurs pieds, des plantes de toutes sortes prospèrent doucement mais surement.

«D’ici une année, nous aurons les premières récoltes», promet Amar. Grâce à la mobilisation des voisins, la cité en question est devenu l’un des espaces les plus fleuris et verdoyants de la ville, et ce sans aucune aide, si ce n’est qu’avec l’argent et l’implication des familles qui y vivent. «Amar est exceptionnel. Malgré la canicule, il s’efforce à déblayer le terrain », lance un voisin qui a entamé le nettoyage de l’espace en question. Dans ce jardin urbain, des bacs de permaculture, faits de bois et d’une esthétique attrayante, embellissent le milieu. Des cabanes érigées avec l’aide des enfants du quartier donnent une sensation de dépaysement. « Nous avons opté pour des variétés d’arbres non corrompus par les manipulations génétiques. Le résultat est déjà palpable en attendant le remplissage de tous les bacs notamment avec des aromates», renseigne Amar Adjili. Grâce à sa formation en agronomie, il compte faire de ce jardin urbain un véritable écosystème, où flore, faune et homme cohabiteraient dans une parfaite harmonie. En attendant son achèvement, il envisage déjà rééditer l’expérience ailleurs, en commençant par un espace d’une autre cité à Tipasa. « Les plantes sont mes bébés. Pour les entretenir rien n’est impossible», conclut-il.

Amirouche L.

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