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Les habitants du Touat (Adrar) renouent, à l’avènement de chaque mois de Ramadhan, avec "Tekerkeba", un rite jalousement préservé.

Faisant partie de l’ambiance ramadhanesque et légué d’une génération à l’autre, Tekerkeba, puisé du nom d’un grand tambour recouvert d’une peau d’animal, est devenue l’appellation attribuée à la mission de la personne, un bénévole, chargée de réveiller les habitants pour le rite ramadhanesque du "S’hour" (repas d’avant reprise du jeûne). Cet instrument est utilisé, de par ses fortes sonorités produites par les coups de baguette, pouvant être entendues de très loin, pour réveiller les habitants et les extirper de leur profond sommeil pour se préparer, à travers le "S’hour", à une nouvelle journée de jeûne, explique le Mesharati, Ramdane Moussaoui (73 ans), connu localement sous le nom de "Ba Ramdane", issu du ksar de Bouandji, commune d’Anzedjemir (Sud d’Adrar). Ayant gagné la confiance de la population locale pour assurer la relève de ce métier très ancien, Ba Ramdane se lève, avant l’aube, armé de son tambour pour aller, à travers les rues et ruelles de la ville, faire résonner son tambour et signifier l’heure du repas du S’hour.

"On m’a confié cette mission citoyenne depuis des années, recevant ainsi le flambeau de mes aïeux du ksar, à l’instar de Koukou, Hamou Ould M’barek, Hadj Salem et Loued M’barek, qui se sont relayés ce flambeau séculaire, pour préserver ce legs ancestral de "Mesharati" (Celui qui appelle au S’hour) et pérenniser ce rite ramadhanesque", a-t-il confié. Ba Ramdane se rappelle encore l’entame de cette mission, avec un petit "t’bel" (tambourin), avant d’être favorablement accueilli par la population qui l’a encouragé, notamment sa mère, à continuer cette "noble" tâche.

Faisant partie du décor et de l’ambiance ramadhanesque, ce "réveilleur" s’emploie tout au long des nuits du mois de Ramadhan, avec ponctualité, à sillonner la ville, donnant des percussions de tambours rythmées à des louanges et invocations à Allah, et d’autres faisant l’éloge du jeûne.

Quelques nuits avant la clôture du mois de Ramadhan, Ba Ramdane, reprend d’autres expressions annonçant la fin proche du mois sacré, et reçoit à l’aube de la journée de l’Aïd El-Fitr des dons et cadeaux de la part des habitants scellant le respect que lui voue la population, dont des dattes, semoules et autres produits, en signe de récompense aux efforts et missions accomplis au service de la communauté et de sa religion.

Le fait est de constater que la personnalité assumant cette mission de Mesharati est souvent polyvalente et se charge, outre la mission de réveiller les jeuneurs, des devoirs d’appel à la prière (Muezzin), et d’autres qualités, tels que les métiers d’ouvrier ou forgeron d’instruments et outils agricoles, en plus de l’animation de regroupements conviviaux, fêtes notamment.

                         Pour la valorisation de la mission de Tekerkeba et Mesharati

En dépit des riches et divers équipements et technologies disponibles pouvant être exploités dans le réveil pour le S’hour, la population locale reste fortement attachée au rite séculaire de "Tekerkeba", considéré un "ingrédient" spécial du mois de Ramadhan. Conscients de la dimension ancestrale et populaire du Mesharati, le secteur de la Culture et des associations socioculturelles s’emploient à mettre en exergue cette mission et sa pérennisation. Le président de l’association culturelle pour les arts dramatiques "Oussoud El-Khachaba" (Lions des planches) d’Adrar, Nour Abdesettar, présente Tekerkeba ou Dendoune comme un créneau culturel et populaire, apanage des ksour du Touat, à préserve et valoriser pour les perpétuer aux futures générations. Dans ce cadre, des associations culturelles se sont attelées, chacune à sa manière, à mettre en valeur ces facettes du patrimoine dans la production et la réalisation d’œuvres théâtrales, à l’instar de celles reproduites en plein air, en "théâtre de Halqa" (cercle), loin des salles pour animer la scène culturelle, à la satisfaction du public.