Risques de fragmentation de l’architecture du réseau internet :D’où viennent les menaces ?
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Mercredi 17 Juillet 2019
Journal Electronique

A la faveur d’une annonce par la Russie de faire un test, grandeur nature d’un décrochage des utilisateurs russes de l’internet mondial pour faire fonctionner son internet local, le débat s’anime sur les risques de fragmentation de la toile mondiale. En focalisant sur les expériences de pays comme la Corée du nord, l’Iran et Cuba, embarqués dans une expérience similaire, on occulte un peu trop vite d’autres dangers qui guettent l’intégrité de l’architecture du réseau Internet.

Par Rachid MOUSSA

 

Les avertissements se multiplient sur les risques de voir dans les prochaines années se fragmenter le réseau internet, cette toile mondiale qui laissera place à des internet locaux, séparés les uns des autres, n’ayant plus rien à voir avec la vocation originelle de cette grande innovation de l’Humanité des temps modernes. Certes des Etats de plus en plus nombreux sont tentés par la mise en place de réseaux locaux reliés au réseau mondial mais facilement contrôlables par des portes et des serveurs qui leur assurent un droit de regards sur les contenus en circulation dans le réseau. La dernière annonce du gouvernement russe engagé dans la mise en place d’un internet local, détachable du réseau mondial donne encore du grain à moudre aux tenants de la critique à l’égard de ces Etats tentés par une approche coercitive de la question de la régulation du réseau internet. Après ça, il y a également l’Iran qui a mis en chantier son ‘’internet halal’’ avec des services conçus par des opérateurs iraniens sous le strict contrôle de Téhéran. Mais avant de revenir dans le détail sur ces expériences, pour voir leurs effets sur l‘intégrité de l’internet et la pérennité de ses principes et valeurs originels d’accessibilité et d’ouverture pur tous, il est utile de remonter dans l’histoire récente du réseau, notamment l’avènement des services du web, pour détecter les premières failles dans l’architecture du réseau engendrées d’abord par le poids des industriels et des agents économiques dans le fonctionnement de l’internet.

Batailles de souveraineté

Les premières batailles autour de la problématique de la gouvernance de l’internet, qui ont eu lieu dès la fin des années 1990 laissaient apparaitre les forces en présence, à savoir d’un côté des Etats soucieux d’étendre leur souveraineté sur les territoires de l’internet, par essence non concernés par une quelconque territorialité, de l’autre de puissant lobbies économiques et financiers avides de voir les voies communication du réseau transformés en terrain d’investissement et de profit.

Aucun compromis n’ayant pu être assis depuis, les intérêts des Etats et ceux des multinationaux et autres agents économiques et industriels de l’internet ont commencé à se mouvoir en des politiques et stratégies dont les répercussions se feront sentir sur l’harmonie de l’architecture du réseau internet. « L’internet connaît une période de mutations profondes, certaines sont visibles par l’ensemble des citoyens, d’autres ont lieu sans qu’ils en soient informés. Ces évolutions technologiques, juridiques et économiques se conjuguent pour réorganiser le réseau et avec lui des pans entiers des échanges citoyens », écrivait l’universitaire français spécialiste du numérique Bernard Benhamou dans un article intitulé ‘’Les enjeux politiques de l'architecture et de la régulation de l'internet’’, publié dans Les cahiers du numérique 2002/2 (Vol. 3), pages 197 à 212, puis mis en ligne sur www.cairn.info.

Pour adopter cette description, disons qu’effectivement les grandes décisions et annonces publiques de ces Etats enclins à mettre la main sur le réseau internet et à en verrouiller les accès sont dans cette partie visible de la refondation de l’écosystème technique de l’internet. Interrogé sur les risques de fragmentation du réseau mondial de l’internet, l’ancien directeur exécutif de Google Eric Schmidt a estimé que dans une dizaine d’année, « le scénario le plus probable aujourd’hui n’est pas celui d’une scission, mais d’une bifurcation – une séparation entre l’Internet sous la direction de la Chine et l’Internet non chinois sous le contrôle des USA », a-t-il indiqué selon le site https://insolentiae.com qui a diffusé un papier en date du 27 septembre 2018. L’ancien patron du géant mondial de la recherche sur internet repose son analyse sur le poids des opérateurs chinois de l’internet qui procurent une telle puissance « que prochainement, les produits et les services informatiques chinois seront en tête, c’est pourquoi il existe un risque qu’’’avec ces produits et services viendra un autre régime politique avec une censure, un contrôle’’ », ajoute-t-il.

Il est vrai que la politique chinoise de régulation et de contrôle de l’internet est reconnue pour son efficacité, car bâtie sur un arsenal juridique impressionnant mis en œuvre « par les fournisseurs d'accès à Internet, entreprises et organisations contrôlés par les gouvernements provinciaux », explique wikipedia qui trouve le système de contrôle de l’internet en Chine « comme plus étendu et plus avancé que dans n'importe quel autre pays du monde. Les autorités gouvernementales ne bloquent pas uniquement le contenu de certains sites, mais elles sont capables de surveiller l'accès à Internet de chaque personne », peut-on y lire. Comme le soutenait Bernard Benhamou, le verrouillage du réseau internet en Chine obéit également à des considérations coniques ; « Les entreprises chinoises Baidu, Tencent et Alibaba, qui font partie des plus grandes entreprises du domaine dans le monde, profitent du blocage des rivaux internationaux sur le marché chinois, ce qui favorise la compétition domestique », écrit wikipédia.

Les nouveaux territoires d’internet

La Russie vient de faire un pas dans la même direction en annonçant la mise en œuvre d’une loi votée en 2018, qui fait obligation aux fournisseurs d’accès internet russes de « garantir l'indépendance de l'espace internet russe (Runet) en cas d'agression étrangère visant à déconnecter le pays du reste de l'internet », relève-t-on dans un papier du site zdnet.fr daté du 11 février dernier. Cela se traduit, en effet par une opération d’urgence destinée à déconnecter les russes du réseau internet mondial, à une date qui n’est pas encore annoncée.   « L’expérience a pour but de recueillir des informations et de fournir un retour d’information et des modifications pour une proposition de loi présentée au Parlement russe en décembre 2018 », explique zdnet.fr qui ajoute que les « les entreprises de télécommunications russes devraient également mettre en place des "moyens techniques" pour rediriger tout le trafic Internet russe vers des points d'échange approuvés ou gérés par le Roskomnazor, l'organisme de surveillance des télécommunications en Russie. » Le régulateur russe aura ainsi tout le loisir d’intervenir sur les contenus en circulation et aussi de prévenir  « que le trafic entre les utilisateurs russes reste à l'intérieur du pays et ne soit pas redirigé inutilement via des serveurs à l'étranger, où il pourrait être intercepté », ajoute ce même site. Malgré les avertissements des fournisseurs d’accès russes qui attirent l’attention sur les risques de perturbation du trafic, Moscou poursuit son plan en divulguant avoir mis en place un système de sauvegarde local des noms de domaine, mis à l’épreuve en 2014 et qui, de l’avis de zdnet.fr, « constituera désormais un composant majeur de l’internet Russe lorsque les FAI auront l’intention de déconnecter le pays du reste du monde. »

L’expérience iranienne est également citée parmi les autres tentatives de régulation ‘’coercitive’’ du réseau internet. A l’occasion des 40 ans de la Révolution islamiste, le 11 février dernier, la presse a focalisé sur cette expérience iranienne qui a pu filament aboutir   à un système ‘’d’enclosure’’ des services de l’internet. « Une décennie durant, l'idée d'un réseau national hermétique aux influences étrangères n'a cessé de resurgir sans jamais se concrétiser. Mais depuis trois ans, ce que l’on qualifie souvent « d'internet halal » prend bel et bien forme », écrit le site de la radio française www.rfi.fr dans son papier émis le 10 février dernier. Echaudé par les pressions exécrées sur Téhéran par le biais des réseaux sociaux et notamment de Twitter lors des élections présidentielles contestées de 2009, le régime iranien s’est fixé un cap : « Une sorte d'intranet national connecté au réseau mondial, où entreprises et citoyens iraniens auraient accès à tout un éventail de services mais qui serait régi, bien évidemment, par les lois islamiques., explique le site de la radon français qui ajoute : « Or depuis août 2016, cet intranet est une réalité, et il porte un nom peu engageant : Réseau national d'information (RNI ou Shoma, pour son acronyme persan). »

Dans le papier de Bernard Benhamou, les enjeux politiques du réseau internet sont évoqués comme ressort pour de nombreuses parties prenantes agissantes pour ses intérêts et qui mettent également en cause l’architecteur libre, ouverte et accessible à tous du réseau mondial originel. En relatant l’affaire Napster, il dessine une nouvelle frontière tracée par le poids des majors de la musique mondiale qui ont ainsi délimité de nouveaux territoires inaccessibles au nom des droits de la propriété.

Quand Napster a tout changé

 

Pour contrer les services gratuits de Napster, « les ‘’majors’’ de l’édition musicale ont mené (et remporté) la bataille juridique pour faire cesser les activités de cette société. Mais au-delà du sort réservé à Napster, c’est le principe des échanges de pair à pair (ou peer)… et l’ensemble des innovations technologiques de ce secteur qui ont été remis en cause », écrit-il. L’universitaire français pointe également le poids des plateformes de communication qui ont perverti les flux de circulation des données sur internet en imposant une verticalité de fait : « Or l’un des changements fondamentaux de l’internet sera lié au passage d’une architecture d’échange à une architecture de diffusion. Nous pourrions ainsi assister à une « télévisualisation » ou broadcastisation de l’internet », écrit Benhamou qui voit qu’in fine ce mode d’architecturer de diffusion « signifie à terme le rétablissement de la notion d’un émetteur privilégié et de nombreux récepteurs passifs transformés en téléspectateurs / consommateurs. Cette interprétation représente clairement un contresens dans l’évolution de l’internet. Contresens qui se vérifie dans l’ensemble des choix industriels qui convergent vers une représentation « passive » des internautes» ajoute-t-il

A contre-courant des théories technophiles, pour lesquels la technologie et notamment internet ne sont que progrès et bienfaits pour l’Humanité entière, Benhamou rappelle quelques réalités persistantes qui limitent la portée mondiale d réseau et aident à l’émergence de fragmentation au sein même de la population des usagers du réseau internet. Ainsi, la fracture numérique fait-elle toujours obstacle à cette circulation libre et équilibrée des données, du savoir et de la connaissance sur le réseau internet. « Pour les responsables politiques, l’autre difficulté face à la fracture numérique vient du fait qu’il ne suffit pas d/être connecté à l’internet pour espérer en retirer des bénéfices. Ainsi que le rappelle le sociologue Manuel Castells, sans un environnement socioculturel qui aide à la maîtrise de l’information, l’outil internet pourrait devenir un amplificateur d’inégalités, tout particulièrement dans le domaine scolaire », explique Bernard Benhamou en puisant du livre de Manuel Castells, ‘’La Galaxie internet’’ publié en 2002. Abordée sous un angle exclusivement statistique, notamment par les organisations internationales intéressées par des ratios de connectivité, la fracture numérique est une réalité sociale, économique et culturelle bien plus complexe à saisir et qui fait qu’une bonne partie de l’Humanité, notamment dans la sphère du sud de la planète se retrouve sur des territoires exclus   non couverts par les bienfaits de l’internet. Les tentatives des géants Facebook et Goolge de faire parvenir la couverture internet dans les zones reculées de la planète sont révélatrices de ces inégalités qui existent entre ceux qui accèdent au réseau et ceux qui n’ont pas cette chance.  Des disparités qui se retrouvent même au sein des populations pourvues de connexions mais dépourvues de ressources cognitives. Et c’est la que la fracture fait le plus mal.

R.M

 

De nouvelles frontières numériques

Les risques de ‘’balkanisation’’ encourus par l’architecture de l’internet peuvent remettre en cause cet idéal porté par ses inventeurs d’ouverture et de partage ; un rappel signé du prix Nobel d’économie pour l’année 2001, Michael Spence, qui a publié une tribune appelant à ‘’empêcher la balkanisation de l’internet’’, reprise en partie par le site www.up-magazine.info le 18 avril 2018. Comme beaucoup il croit encore possible que cette merveilleuse innovation soit un levier de progrès et d’épanouissement pour ses usagers. Depuis les premiers usages du réseau internet, explique-t-il, « on a cru à un Internet ouvert, construit sur des protocoles normalisés mais avec très peu de réglementation. On imaginait qu’ainsi, le web servirait mieux les intérêts des utilisateurs, des communautés, des pays et de l’économie mondiale. Ceci d’autant que le réseau est devenu l’épine dorsale des échanges mondiaux, et le lieu de pratiques de nombreuses occupations quotidiennes de milliards d’utilisateurs. « Mais des risques majeurs sont apparus, constate le site qui se fait l’écho de cet avertissement de Michael Spence pointant les dangers qui guettent le réseau, notamment : « le monopole des plateformes comme Facebook et Google ; la vulnérabilité aux attaques contre les infrastructures critiques, y compris les systèmes de marchés financiers et les processus électoraux ; et les menaces à la vie privée et à la sécurité des données et de la propriété intellectuelle. »

Le rêve perdu de J.P Barlow

 

Santé

Environnement

Destination Algérie

Culture

Histoire

Sciences et Technologies

L'agenda

Ministère du Travail
Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Tidjani Hassan Haddam, présidera  le 18 juillet  à 8h30, à l’hôtel El Djazaïr, Alger, en présence de la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Ghania Eddalia, la cérémonie d’ouverture du séminaire national sur l’économie sociale et la solidarité.

Ministère de la Santé
Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mohamed Miraoui, présidera, le 21 juillet à 8h30 à l’Institut national de santé publique, une rencontre d’évaluation nationale sur le bilan des opérations de jumelage inter-établissements publics de santé.

Ministère du Commerce
Le ministre du Commerce, Saïd Djellab, effectuera,  le 18 juillet , à 8h, une visite de travail et d’inspection dans la wilaya d’Oran.

Ministère de la Culture
Sous le patronage du ministère de la Culture et dans le cadre de son programme d’activités culturelles, l’Opéra d’Alger  Boualem-Bessaïeh organisera, le 17 juillet  à 19h30, un spectacle intitulé «Mon étoile». 

Ministère de la Formation professionnelle 

Le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels organise une campagne d’information et de sensibilisation pour les inscriptions de septembre 2019 et informe :
         - Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 21 septembre sur le site web  et au niveau de tous les établissements de formation professionnelle.
         - Les journées de sélection et d’orientation : les 22, 23 et 24 septembre.
         - La proclamation des résultats :  le 26 septembre.
         - Rentrée officielle : le 29 septembre.

 

Musée national du moudjahid    

Le Musée national du moudjahid organise, le  18 juillet à 10h, simultanément au niveau des musées du moudjahid à travers le pays, respectivement les 379e et 380e rencontres  avec les moudjahidine et moudjahidate pour l’enregistrement de leurs témoignages sur la guerre de Libération.

  

AARC

L’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC), en partenariat avec le CNCA, le CADC et l’EPTV, organise, du 8 au 25 juillet courant, à Tizi Ouzou, Constantine et Ain Defla,la 2e édition de «Ciné Ville».

  ONCI
Dans le cadre de son programme estival de l’année 2019, l’Office national de la culture et de l’information organise une série de spectacles artistiques sous le thème «Vivez l’été avec l’ONCI», avec la participation de stars algériennes et étrangères de la chanson.

Université de Boumerdès
L’université M’hamed-Bougara de Boumerdès  organise, jusqu’au 23 juillet, des portes ouvertes pour les nouveaux bacheliers au titre de l’année universitaire 2019-2020.

 

 Musée national du moudjahid

Le Musée national du moudjahid organisera,  le 18 juillet , à 10h, simultanément au niveau des musées du moudjahid à travers le pays, la 380e rencontre avec les moudjahidine et moudjahidate pour l’enregistrement de leurs témoignages sur la guerre de Libération.

 

Radio DGSN
L’émission «Li Amnikoum» de la Sûreté nationale diffusée sur les ondes de la Radio Chaîne I à 16h sera,  le 18 juillet , consacrée aux questions et préoccupations des auditeurs sur la sécurité routière.

 TNA
Le directeur général du TNA, Mohamed Yahiaoui, animera, le 21 juillet à 10h, une conférence de presse dans le cadre de la 9e édition du théâtre du Sud.

CAN 2019

Sports Divers

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