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Maïssa Bey était présente au 23e Salon international du livre d’Alger. Elle y a dédicacé son nouveau roman, «Nulle autre voix», paru il y a deux mois aux Editions Barzakh. Dans cet entretien, elle dépeint l’histoire d’une femme hors du commun. Une criminelle.

Maïssa Bey revient avec un autre roman sur une criminelle…

Il s’agit de l’histoire d’une femme qui a tué son mari. Elle a purgé sa peine, 15 ans de prison ferme. Cette criminelle rentre chez elle. A sa surprise, elle se retrouve face à une romancière qui force sa porte et sa vie, et lui demande d’écrire son histoire. Sauf que dans l’affaire, ce n’est pas l’écrivaine qui écrit, mais la criminelle.

Qui vous a inspiré pour écrire ce roman?

Les criminels en plus au féminin ne courent pas les rues. Je n’ai pas connu réellement ce genre de personne. Ce n’est pas de l’inspiration. Il est question dans ce récit de mettre en scène une femme confrontée au quotidien à la violence verbale, morale et physique. Et la source de cette violence est son mari, qui la pousse dans ses derniers retranchements. Celle-ci riposte en l’assassinant. Il faut savoir que la violence engendre la violence. Cette femme va donc au bout de la violence, le pire crime qui puisse exister, l’assassinat.

Pourquoi votre choix se porte sur des profils sombres, de plus est au féminin?

Au gré des pages, vous trouverez que le texte est plein d’éclats. Il ouvre le débat et écarte les barreaux sur les violences subies par les hommes et les femmes surtout.

Il existe des femmes réelles qui vivent dans la situation de mon personnage. Ce roman va à contre-silence, les contre-silences de ces femmes, que les conditions sociales et familiales poussent à commettre l’irréparable. C’est pour cela que je me sens dans l’obligation de débattre de cette violence qui n’est, hélas, pas une fiction.

Vos livres sont jonchés de personnages féminins… Peut-on vous considérer comme porte-voix des femmes?

Effectivement. Dans la plupart des cas je puise dans la vraie vie. Ce sont des femmes qui font face à des situations difficiles. Des femmes qui basculent dans le tragique et qui ont recours à une violence inouïe. C’est-à-dire commettre l’irréversible. Nous observons au quotidien la violence, nous la subissons. Elle est partout. Et dans mes romans notamment le dernier, je m’interroge sur le pourquoi de la chose. Les violences faites aux femmes m’interpellent particulièrement en tant que femme et auteure. Je vis en Algérie. Je connais la société. Je suis confrontée à ces agressions qui vous glacent le sang, vous mettent dans des situations inconfortables. Le regard des hommes, les agressions verbales dans l’espace public, dans les milieux de travail, pour ne pas dire partout, portent atteinte à notre dignité, notre intégrité.

Vous voulez transmettre un message à travers vos récits...

Oui. Celui de considérer la femme comme un être humain à part entière. J’essaie d’atteindre le maximum de personnes et les sensibiliser à cette question qui reste toujours d’actualité. Certains tentent de ravir l’espace public aux femmes, de les marginaliser, de les stigmatiser, en omettant qu’elles sont la moitié de la société. C’est inadmissible! Tout est fait pour maintenir les femmes dans un statut d’infériorité. A travers mes romans, j’invite à l’interrogation, à la réflexion. Je considère que si je contribue à la prise de conscience sur la question de la violence faite aux femmes à deux, trois lecteurs, c’est déjà un pas, une avancée.

Avez-vous un projet en maturation?

Oui. L’idée est là, elle prend forme. Le temps pour moi n’est pas important. Je peux écrire sur une idée et achever mon roman en quelques mois. Mais des fois, cela me prend du temps. C’est selon mon inspiration, mes dispositions.

Entretien réalisé par Karima Dehiles