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Loin des délires des uns et des approximations des autres, une dizaine d’universitaires de cinq pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Égypte) ont produit un travail de terrain fouillé et digne d’intérêt*, compilé dans un ouvrage intitulé El Harakat Al Amazighiya fi Chamal Ifriqia* (Les mouvements amazighs en Afrique du Nord).                

  

Des montagnes du Rif à l’Oasis égyptienne de Siwa, ils ont lu, écouté et recensé tout ce qui a trait à la question amazigh, aux communautés qui parlent la langue ou militent pour sa valorisation. Par des statistiques précises, des témoignages de militants, ils évoquent le processus de résurgence de Tamazight, les structures sociales qu’affectent des changements profonds. Ils s’intéressent aussi aux élites qui portent la revendication, au poids de la religion et représentations traditionnelles. 

Les chercheurs donnent à voir un univers vivant, travaillé par la mondialisation, l’irruption d’internet et un désir de reconnaissance. Le socle est commun mais Tamazgha est multiple. Le poids démographique, politique et économique des Amazighs au Maroc ou en Algérie n’est en rien comparable à celui des 33 000 siwis, une goutte d’eau dans la multitude égyptienne. Si dans le Royaume, la langue dont Mehdi Ben Barka prédisait l’extinction, se porte mieux, elle affronte un milieu hostile en Tunisie, pays où le nationalisme qui a nourri les élites d’avant et d’après indépendance qui se raidissent face à une résurgence qu’elles   cherchent, dans le meilleur des cas, à réduire à un folklore ou une attraction touristique.

On découvre cette minorité combative en Tunisie où contrairement à l’Algérie ou même l’Égypte, l’État et les élites politiques sont dans le déni et le refus. Les chercheurs dirigés par le sociologue et enseignant universitaire, Nacer Djabi, s’attardent aussi sur les stratégies des États qui, en reconnaissant Tamazight et en la dotant d’instrument de promotion, ont affaibli la cause. Celle-ci estiment-ils, peut toutefois rebondir en s’arrimant à des revendications de nature socio-économiques. 

En Libye, les Nefoussi peinent à trouver un dénominateur commun avec les Touareg traversés eux-mêmes par des conflits internes d’ordre tribal. Les stratégies d’intégration dans le processus de reconstruction de l’État libyen sont différentes, voire antagonistes. La conscience identitaire n’est pas de même niveau et la perception de la religion chez les Ibadites et les élites qui militent pour la laïcité, diffèrent. Tamazgha est un univers éclaté. Entre le Rif et le Moyen Atlas, la Kabylie et le M’Zab, le contexte historique, le processus de maturation et les attentes des populations ne sont pas identiques. L’intégration dans un État obéit à des logiques très différentes.

Au delà des avancées ou des reculs de la revendication, ce qui est une donnée socioculturelle et nullement un problème ethnique pose in fine des problèmes de redéfinition des missions de l’État et de prise en charge de la pluralité.

R. Hammoudi

*El Harakat Al Amazighiya fi Chamal Ifriqia 366 pages Editions Chihab 1500 DA