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Le titre du livre d’Akli Bellabiod* est quelque peu trompeur. On n’entre pas de plain-pied dans les palais des princes d’Arabie. Près d’une centaine de pages relatent d’abord son enfance à Alger, dans le quartier de Notre Dame, puis à la cité Mahieddine, bidonville cerclé par les barbelés de l’armée coloniale.

Issu d’une famille pauvre, il relate un quotidien à la fois difficile mais empreint de la douceur d’une mère et d’inoubliables amitiés juvéniles. La guerre a marqué durement l’enfant dont le père était un ancien engagé dans l’armée française et la mère une femme de ménage. Le garçon qui souffre de privations fut témoin d’horreurs, notamment durant les dernières années de la guerre avec le déchaînement de violences de l’OAS. Un de ses amis sera tué à bout pourtant à la sortie d’une salle de cinéma à Bab El Oued. Alger et ses petits bonheurs et ses malheurs qui forgent sa personnalité ne seront pourtant jamais oubliés. C’est en passant par la France où il s’installe en famille, à partir de 1975, sans que l’on sache pour quelles raisons exactement il quitta le pays, qu’il sera amené à travailler pour des Saoudiens. Le hasard le met au service de cheikhs qui lui confient cartes de crédit, Cadillac…

Il les conduit et les guide dans des restaurants et autres lieux de plaisirs. Toute la seconde partie du livre relate avec force détails ces virées avec les princes amateurs invétérés de frasques, tant à Paris que dans des palaces de la Côte d’Azur, où ils dépensent sans compter. Chauffeur mais surtout homme de confiance, il est invité au pays des Saoud, notamment à Dammam, Djeddah, la Mecque où il effectue en bon musulman une Omra. Il envisage un moment d’ouvrir une représentation pour importer et vendre les chaussures Kickers mais son épouse refuse de vivre dans ce pays où faits et gestes sont surveillés. Il s’attachera alors à évoquer le côté archaïque «d’un royaume des paradoxes» (p 128) où les droits de l’homme, notamment ceux des femmes et des étrangers qui viennent de l’Asie du Sud, sont piétinées. Une sorte de voyage dans «l’absurditan» où les comportements derrière les remparts des maisons n’ont rien à voir avec le dogme.

Il se montre surtout révolté par l’attitude des «moutawen» supposés faire la chasse à ceux qui enfreignent les règles sociales et imposer le respect de «la morale» dans les centres commerciaux. Au passage, il livre les confidences du fameux capitaine Paul Baril de la gendarmerie française qui avait mené l’assaut en novembre 1979 contre des insurgés qui se sont refugiés dans la Grande Mosquée de La Mecque. On peut sans doute reprocher à l’auteur d’avoir choisi ses interlocuteurs, des opposants à la monarchie, notamment des chiites et des mécontents. Son livre reste toutefois un document instructif. Il lève le voile sur une société où la pression sociale a conduit à des velléités de réformes dont on ne trouve pas trace dans ce livre, écrit il y a trois ou quatre ans.

R. Hammoudi