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Cinquante années après sa naissance, en 1968, dans les pages du quotidien El Moudjahid, le personnage de Si Fliou, revient en bande dessinée de 95 pages, publiée, par Noureddine Hiahemzizou, chez l’Entreprise nationale des arts graphiques (ENAG).

En plein cœur de la Bataille d’Alger, Si Fliou, personnage excentrique, «Fils du Bled», se retrouve enrôlé dans la révolution. Sa dégaine nonchalante et son air naïf éloignent tous soupçons des militaires français, mais son nom est glorifié partout dans la Casbah. Ses faits d’armes sont contés sur les terrasses. Si Fliou active pour le compte du FLN et participe, sans trop le vouloir, à des opérations périlleuses. Chose qui ne tarde pas à lui causer de sérieux problèmes, puisque sont nom est devenu célèbre et lui-même recherché par les parachutistes.

A travers ce personnage et sa saga, ce sont des faits historiques avérés qui sont retracés. La répression française envers la population, la vengeance contre les actions des moudjahiddine sont bien rapportées par Noureddine Hiahemzizou. Faut dire que lui-même a vécu cette époque. Il parle de la «Main Rouge», organisation créée par les services secrets français, qui sévissait à Alger dans les années 50 en collaboration avec la police française pour maintenir la terreur au sein des habitants d’Alger. Les attentats des fidaï et les opérations d’assassinat des traîtres et d’officiers de l’armée française auxquels l’occupant répond par des arrestations de masse, l’emprisonnement dans les camps de concertation… tout ceci est raconté dans les aventures de Si Fliou. L’un des faits historiques les plus marquants de la révolution, celui de la grève des huit jours, y est également relaté. Humour et histoire se côtoient dans ce nouvel album. Sur un air satirique et humoristique, mais avec sérieux et précisions historiques, l’auteur retrace l’épopée d’une population aux prises avec l’occupant français. Par le biais d’un personnage fictif, c’est toute la résistance populaire qui est glorifiée et mise en exergue. L’auteur n’omet pas de restituer les lieux, tels qu’ils étaient à cette époque, la Place des Chevaux, le Milk Bar, la Cafétéria l’Otomatic, lieux où ont eu lieu des attentats à la bombe, sont évoqués, restituant ainsi un pan de l’histoire de la ville qui ne manquerait pas d’éveiller les souvenirs des aînés et donner aux plus jeunes l’occasion de découvrir ces lieux et ces faits. On retrouve également dans cet album quelques noms de la presse de l’époque tels que «Le Journal», «France Soir», «L’écho d’Alger» et autres.

Si Fliou nous invite à redécouvrir avec fidélité la vie des citoyens algériens, dans les cafés, les terrasses des maisons, les marchands de légumes, de sardines, une ambiance que rapporte l’auteur qui ne se prive pas de recourir au parlé populaire algérois pour plus d’authenticité. La vie des Européens dans leurs quartiers barricadés par les militaires, est également dépeinte.

Si Fliou est le second personnage créé par Hiahemzizou, après celui de «Zech» qui est paru pour la première fois en 1966 dans le défunt journal «Algérie Actualités», sur une idée inspiré, dit-il, par son ami et collègue le regretté Abderahmane Mekhelef. Noureddine Hiahemzizou, journaliste à la retraite, est né à Alger en 1937. Après des études aux Beaux arts d’Alger, il participe à la réalisation d’une quinzaine d’affiches cinématographiques dont «Hassan Terro» de Lakhdar Hamina, «La voix» et «les portes du silence» d’Amar Laskri. Il participe en tant qu’assistant décorateur dans le film «Z» de Costa Gavras en 1967. En 1968 il rejoint l’hebdomadaire «Algérie Actualité», comme dessinateur où il crée le personnage de «Zech». Après «Algérie Actualité» c’est sur le quotidien «El Moudjahid» qu’il fait découvrir le personnage de «Si Fliou» dans une bande dessinée quotidienne intitulée «Les aventures de Si Fliou».

En 1969 il adapte en bande dessinée le roman «SM 15, Halte au plan terreur» de Youcef Khedir. Il publie en 1981 «A l’aube d’un jour de novembre». EN 1999 il collabore à l’illustration d’un album historique «L’épopée de Raïs Hamidou, fils d’Alger» de Belkacem Babassi. En 2009 il conçoit et réalise un mémorial d’une série de tableaux consacrés à l’épopée d’«El Moudjahid» durant la guerre de libération.

Hakim Metref