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Que n’a-t-on pas dit et écrit sur la relation de l’Algérien au travail? Politiques, humoristes ont raillé le tire-au-flanc qui incarnerait l’Algérien type. «De façon tenace et insidieuse, se transmet l’idée d’une incapacité collective à tisser un lien avec travailler», rappelle Nassima Metahri dans un nouveau volume de la série «Nous autres».

Sous la direction du poète Amine Khan, une dizaine de contributeurs ne se contentent pas de déplorer ou d’aligner clichés et poncifs. Il s’agit plutôt pour eux de s’immerger dans l’univers de peine mais aussi d’esquisser des pistes de réflexion pour redonner au travail un nouveau statut. Il y a urgence et nécessité, note Khan, de procéder à une rupture avec un système rentier qui ne s’appuie pas sur les compétences. «Sa marche erratique est aux antipodes de la rationalité et de l’efficacité», ajoute-t-il. Notre confrère Saad Djaffar, parlant de l’université où le travail a cessé d’être une valeur partagée, déplore ce qu’il nomme «une exemplarité négative». Celle-ci, comme une métastase, a irradié un milieu où, renchérit-il, «le faire-semblant s’est mis à remplacer le sérieux». Sous différents angles, les uns, comme Fouad Soufi ou l’artisan Ahmed Maidi, enfant de La Casbah, décrivent l’Algérien sur son lieu de travail. Le premier s’attarde sur le peu de considération dont pâtit l’archiviste et les mutations que connaît ce métier dont il reste l’un des meilleurs connaisseurs. Redouane Assari, connu sous le nom de Red One, nous plonge dans l’univers de la presse où il a exercé comme dessinateur, avant son départ en exil en 1993. D’autres privilégient des approches différentes, s’intéressant, comme Nedjib Sidi Moussa, à l’autonomie idéologique de la classe ouvrière aux lendemains de l’indépendance. La regrettée Fatima Zohra Oufriha présente, dans une étude fouillée, s’appuyant sur des statistiques, le travail des femmes, ses caractéristiques et les perspectives de son évolution. La jeune Tinhinan El Kadi, qui a vécu et étudié en Chine, propose une originale et plaisante analyse qui montre que dans ce pays, la culture ou le confucianisme n’expliquent pas les performances peu communes des travailleurs chinois. «Les réformes introduites en Chine en 1978 ont permis l’établissement d’une dynamique, aux incitations multiples, que ce soit dans les régions rurales ou dans les villes», écrit-elle. Autrement dit, elle récuse la conception essentialiste et conçoit le développement davantage comme un effet de la bonne gouvernance. Le numéro qu’illustrent des photos d’Arezki Tahar offre une nouvelle plongée dans les entrailles de la société algérienne avec ses ombres et lumières.    

R. Hammoudi