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L’écrivain Amin Zaoui était, samedi dernier, l’invité des éditions Barzakh à la librairie «L’arbre à dire» à Alger, pour une rencontre autour de son dernier roman, «L’enfant de l’œuf». L’animatrice des débats, l’universitaire Afifa Brerehi, relève que la littérature d’Amin Zaoui puise sa matière dans la société et son fonctionnement sociopolitique. L’auteur, dans ce sens, répond qu’un intellectuel créatif ne peut être séparé de l’action sociale. «C’est quelqu’un qui se trouve dans l’action et qui se doit d’être quotidiennement dans la société» dit-il. Et de s’en expliquer : « La plus grande source d’inspiration est justement cette société et la rue». Zaoui souligne que même si l’acte d’écriture est de nature solitaire et d’isolement, la vie quotidienne est le terreau principal de toute inspiration. Entre l’écrit journalistique et romanesque, l’auteur de  « Festin de mensonges» affirme que seul le style d’écriture diffère, mais pour ce qui est des thématiques, elles se rejoignent, c’est toujours de la société qu’elles s’inspirent. Auteur bilingue, il alterne entre l’écriture en français et en arabe. A ce sujet, Afifa Brerehi pose la question sur la complémentarité entre les deux langues pour l’auteur et ce qu’apporte cette interaction linguistique à l’écriture d’Amin Zaoui. «J’ai écrit pour la première fois au collège, dans une revue dirigée par Malek Haddad et c’est grâce à ses encouragements que j’ai plongé dans le monde de l’écriture et que j’ai aimé la langue française». Mais, dit-il, j’aime aussi langue arabe, les grands noms de la littérature arabe et de la pensée arabo-islamique. «Je me sens comme un oiseau qui vole avec ses deux ailes, lire et écrire dans deux langues, c’est avoir deux imaginaires. Les langues sont magiques», ajoute-t-il. Amin Zaoui note aussi que lorsque qu’on lit les textes en arabe dialectal comme ceux de Benguitoune, El Khaldi ou Ben Khlouf, on ressent un autre plaisir et une autre magie. Pour cela, ajoute-t-il, «se retrouver entre toutes ces langues est une véritable aventure et un plaisir». Mais le romancier précise aussi qu’il ne passe d’une langue à une autre pour faire passer un message à telle ou telle frange de lecteurs. « Je m’adresse à mes lecteurs arabophones avec les même propos qu’à mes lecteurs francophones.» Concernant le roman «L’enfant de l’œuf», Afifa Brerehi relève un décalage entre le titre et le contenu de l’œuvre. «Le titre est un travail à part, il peut être le déclic pour une œuvre, il peut venir au milieu comme il peut venir à la fin, mais il y a toujours un lien entre l’œuvre et le titre. C’est un travail qui nous accompagne tout au long de l’œuvre», note l’auteur.

En fait, l’enfant de l’œuf est un questionnement sur la création de l’univers. Pour Zaoui, l’idée que la femme soit issue de la côte de l’homme est un mythe. Alors pour le battre en brèche, il en a choisi un autre celui d’un homme qui vient de l’œuf pour sauver l’humanité. « Un autre début de la vie». Dans «L’enfant de l’œuf», il y a deux principaux personnages, Arris, un chien, et Mouloud son maître. Arris ne cesse d’interroger son maître sur diverses questions sur la religion, le sacré, le sexe et autres sujets de la vie. «C’est un chien philosophe», déclare Zaoui. Il y a dans ce roman un questionnement sur la violence et la bestialité. «Nous les retrouvons plus chez l’homme que chez l’animal, représenté par le chien», rappelle l’écrivain. Mais l’auteur est également connu sur ses positions vis-à-vis de l’obscurantisme religieux et toutes les tares de la société. «L’écriture est avant tout un acte courageux. Sans courage, la littérature est mort-née. Je suis pour la provocation et la subversion, mais assises sur un savoir ». «Quand je parle de l’intégrisme, c’est de toute la violence qui en découle que je parle. On parle de guerres saintes, mais on oublie que toute guerre est sale et violente et les plus féroces sont les guerres saintes. C’est de cela que je parle dans mes écrits.»

Hakim Metref