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Grand féru de poésie populaire et chanteur chaabi, Abdelkader Bendameche, natif de Mostaganem, ajoute à sa riche bibliographie un ouvrage où il ressuscite la vie et l’œuvre d’un grand nom du Melhoun.Dès les premières pages, il rappelle que c’est «un grand barde» dont les vers ont enjambé les siècles. Il prend en effet place dans la galerie des illustres rhéteurs que sont El Medjdoub, Ibn M’saieb, Benguitoun et d’autres. Ses   textes sont passés à la postérité car de nombreux artistes du chaabi (Guerouabi, Zahi, Bourdib, Mazouz Bouadjadj…) et d’autres genres ont chanté ces odes dont la majorité sont des louanges au créateur et au Prophète (QSSSL), ou des vers à consonance sociale et morale.

Ô mon Dieu,

accorde ton pardon aux miens

Le jour des soucis,

je me sentirai responsable

Et s’ils venaient à m’écouter,

il ne leur arriverait rien.

Outre le destin de l’homme dont une ville, située à une trentaine de kilomètres à l’est de Mostaganem, porte le nom et que surplombe un mausolée qui accueille des milliers de visiteurs, l’auteur s’attarde sur le contexte historique qui a forgé le caractère du poète et nourri son inépuisable inspiration. En trois tomes dont deux renferment un corpus de 170 textes en arabe dialectal, le livre fait redécouvrir et mieux connaître le prince des poètes» dont on suit le cheminement au sein de la famille, les études. S’y dévoilent aussi quelques légendes qui s’attachent à cet homme qui connut aussi les affres de la calomnie. Mais Benkhlouf est considéré comme le premier à avoir, dès le XVIe siècle, eu recours à la langue populaire, riche et subtile, pour traduire plus que ses tourments personnels ceux d’une époque marquée par des bouleversements.

Le Maghreb se morcelle, les musulmans sont chassés d’Espagne dont les maîtres voulant prolonger la Reconquista mènent des attaques et occupent des villes côtières, notamment Oran et Béjaïa.

Ayant vécu à cheval entre les XVIe et XVII e siècles, Benkhlouf, qui meurt en 1635 à l’âge de 125 ans, a été surtout témoin d’une célèbre bataille qui se déroula à Mazaghran, à proximité de Mostaganem, fin août 1558. Elle opposera les tribus algériennes épaulées par les Ottomans et les Espagnols. Une qacida composée pour la circonstance en décrit le déroulement. D’autres reflètent la filiation de Benkhlouf avec le soufisme dont il était un fervent adepte. Il relate son voyage au mausolée de Sidi Boumediene qui lui inspire des vers de haute facture spirituelle.

R. Hammoudi

Cheikh Sidi Lakhdar Benkhelouf (trois tomes) Editions Enag