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A l’instar de toute génération, celle des années 70/80 a connu son lot de drames, de désespoir mais aussi de rêves et d’espoir. C’est celle dont parle le journaliste et écrivain H’mida Layachi dans son dernier ouvrage « Chir », en langue arabe, paru aux éditions Al Djazair Taqra ». Ouvrage qu’il a présenté samedi dernier à la médiathèque Bachir Mentouri à Alger, lors de la rencontre « Sada Al Aklam al Masrahia » de l’établissement Arts et Culture de la wilaya d’Alger, animée par Abderazak Boukebba.

« Chir » dans le dialecte de l’ouest algérien désigne le garçon ou l’enfant, et c’est le parcours de ce garçon, né en 1958 à Sidi-Bel-Abbès, que H’mida Ayachi retrace à travers son œuvre et à travers lui, le parcours de toute cette génération qui durant les années 1970 et 1980 avait vingt ans et découvrait la vie. « Chir » est aussi témoignage sur une vie culturelle et intellectuelle riche.

Né dans un quartier populaire pluriculturel   « Gambeta » de Sidi Bel-Abbès, il s’imprègne de cette culture Rai et Gnaoui. Son père était « Moqadem », sorte de notable Gnaoui, et à travers cette culture il découvre la dimension africaine de la culture algérienne. S’est premier balbutiements littéraires étaient consacrés à cette culture afro-algérienne. Il s’essaie à la compréhension des codes et des rites gnaouis. L’autre influence est celle du Rai, celui de « Cheikha Rimiti », un Rai engagé qui puise son inspiration de la douleur populaire et de la misère des petites gens. « Chir » raconte également ces espaces populaires, comme les cafés de l’époque, où le débat dépassait les soucis du quotidien pour s’intéresser à la chose culturelle et politique.

H’mida Aychi découvre aussi le théâtre. Il débute comme comédien dans le théâtre amateur dans la troupe de l’UNJA (union national de la jeunesse algérienne), branche juvénile du FLN. Au lycée, il avait 17 ans lors qu’il découvre la littérature universelle, Nietzche, Hegel et Marx. L’autre étape, très importante dans sa vie reste sa rencontre avec Kateb Yacine. Yacine l’invite, lui et ses camarades, à assister à une pièce de théâtre « Le roi de l’Ouest », « J’ai découvert des choses nouvelles qui m’ont attiré vers ce monde du 4e art ».

Cette rencontre était le prélude à une amitié et une cohabitation de 10 ans avec l’auteur de « Nedjma ». A Alger H’mida retrouvera à Ben Aknoun Kateb Yacine avec lequel il collabore à la traduction de ses œuvres en arabe.

En 1992 H’mida Ayachi, s’éloigne de ce monde du théâtre pour se consacrer à celui de la presse où il occupe plusieurs postes dont celui de rédacteur en chef et directeur de journal. Il anime également une émission de débat sur les plateaux de télévision. Durant sa carrière, d’auteur ou de journaliste H’mida s’intéressera à l’actualité, dans toutes ses facettes, qu’elle soit culturelle où politique, à laquelle il consacre un grand nombre d’articles et d’ouvrages.

En 2012 il revient à l’écriture théâtrale pour reprendre une œuvre qu’il avait créée à ces début « Kouider Le blindé », qui sera représentée une vingtaine de fois sur les planches.  

Sur son dernier ouvrage l’auteur déclare « Chir est un hommage à une jeunesse. À travers mon histoire je raconte celle de toute une génération et en même temps je raconte cette Algérie à la recherche de sa vérité et de son identité, une Algérie déchirée par son passé et en même temps cette Algérie courageuse et créatrice de valeurs ». «  A travers cette biographie j’ai essayé de tracer les grandes lignes de nôtre histoire socioculturelle de cette Algérie de la marge à travers des rencontres. J’ai raconté les espaces culturels, l’université, les cafés. J’ai aussi posé des question à la mémoire, lointaine et récente » ajoute-t-il.

Mon livre affirme l’auteur « n’est pas uniquement un itinéraire personnel mais celui de cette Algérie plurielle qui recèle une multitude de talents et d’esprits créateurs ».          

Journaliste, auteur et acteur de théâtre né en 1958, H'mida Ayachi a suivi des études de sciences politiques. Il a occupé le poste de rédacteur en chef d'El-Massar El Magharibi. Il a notamment fondé et dirigé le quotidien d'information Djazaïr News. Il est l'auteur de romans et d'essais littéraires et politiques, parmi lesquels une évocation de la vie de Kateb Yacine qu'il a connu durant les années 1980. Parmi ses œuvres : « Mémoire de la folie et du suicide » (roman), Laphomic, 1986,   « Les islamistes entre le pouvoir et les balles » (essai), Dar El Hikma, 1992   « Habil Oua Habil », pièce de théâtre, créée à Sidi-Bel-Abbès en 1999.

Hakim Metref