Mohamed Balhi exhume les deys d’Alger : «L’écriture de l’histoire est le travail de tout un État»
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Dimanche 07 Mars 2021
Journal Electronique

L’écrivain, sociologue et journaliste Mohamed Balhi a animé jeudi dernier à la librairie Chaïb Dzaïr, une séance de vente dédicace de son dernier ouvrage intitulé «Le long règne du dey Mohamed Ben Othmane – 1766-1791», publié aux édition ANEP. Second ouvrage consacré aux deys d’Alger après «Dey Hussein, dernier souverain d’el- Djazaïer, 1818-1830», publié en 2018 chez ANEP. Dans cet entretien, Balhi revient sur la nécessité d’écrire l’histoire en tenant compte de toutes les périodes et des facteurs intervenant dans la construction, à travers l’histoire, de ce qui est actuellement l’Etat algérien. 

Entretien réalisé par Hakim Metref

Qu’est-ce qui a suscité votre intérêt pour le dey Mohamed Ben Othmane?
Avant que je n’écrive mon ouvrage sur le dey Hocine, j’avais compris qu’il y avait un vide en Algérie concernant les 3 siècles de présence ottomane. Et quand on cherche on découvre des éléments intéressants, et parmi ces éléments on trouve ce personnage qui n’est pas du tout connu alors que son règne était le plus long, de 1766 à 1791, soit 25 ans. Une longévité qui est un record par rapport à l’histoire des deys en Algérie, sachant que certains deys ont été assassinés en moins d’une semaine à partir de leur installation. En considérant cet élément, on peut déduire que si un souverain arrive à rester à la tête de la régence durant un long moment cela veut dire que le contexte régional ou national a travaillé en sa faveur ou bien qu’il possède des qualités qui lui ont permis de rester aussi longtemps. C’est le cas de Mohamed Ben Othmane qui a connu un règne stable et prospère. Il est connu pour avoir été un dey pieux et probe. Il a été même qualifié d’avare mais dans le bon sens. Il avait géré les deniers publics d’une manière très rigoureuse.

Est-ce que dans vos recherches vous avez eu accès à des documents d’archive vous permettant justement de relater le règne de ce dey?
Personnellement je ne suis pas historien, et la difficulté pour affronter ce genre de thème est que c’est un travail pluridisciplinaire et c’est une véritable aventure. On se retrouve seul face à la feuille blanche et il faut décrypter les archives lorsqu’elles sont accessibles. Pour ce qui est de la période ottomane il faut connaître le turc ancien, l’Osmanli. Et les archives de cette période sont dispersées. On retrouve certaines ici en Algérie, d’autres en Espagne, en France, au Maroc, en Tunisie. La majorité de la documentation sur laquelle travaillent les historiens est une documentation française. Si elle est intéressante sur bien des aspects, il faut cependant la prendre avec précaution, parce qu’elle est faite par des militaires français et il y a eu beaucoup de manipulations pour justifier la présence française en diabolisant la présence ottomane en la qualifiant de colonisation.

Ce qui n’est pas le cas ?
Personnellement, et beaucoup d’historiens le disent, je pense que ce n’est pas une colonisation classique. C’était un protectorat, et à partir de 1710 l’Etat algérien commençait à avoir une autonomie vis-à-vis d’Istanbul. Il y avait là les prémices d’un Etat algérien qui avait des accords et des traités commerciaux avec les Américains, les Anglais, et les Français. Il y avait un lien spirituel et économique avec Istanbul, mais à partir du dey Baba Ali Chaouch, en 1710, l’Algérie a été autonome. Si on veut étudier la genèse de l’Etat algérien, il faut commencer de cette période-là.

Donc, d’après-vous, l’Etat algérien existe seulement depuis cette période ?
Pendant la période numide, il n’y avait pas ce concept d’Etat-nation. Il y avait la Numidie qui était en quelque sorte le centre de l’Afrique Du Nord. Massinissa, après sa victoire sur Syphax, a réunifié la Numidie orientale et occidentale. On parle alors d’un Etat, qu’on ne peut pas qualifier d’algérien. Plus tard, les Almohades ont également unifié l’Afrique du Nord et une partie de l’Andalousie. Ça a duré un siècle. Il y a eu ensuite les Mérinides qui commandaient le Maroc, les Hafsides en Tunisie à laquelle était rattachée Béjaïa. Ensuite au Maghreb central il y avait les Zianides à Tlemcen, Les Hammadites à Béjaïa, il y eut le royaume de Coucou, les principautés du sud. Alger, une petite bourgade dirigée par les Taaliba. Donc il n’y avait pas un Etat qui s’appelait Algérie. Lorsque les frères Barberousse sont venus, ils ont créé la capitale Alger et ils ont recréé les frontières telles qu’elles étaient durant le règne de Massinissa et vers le sud jusqu’au Touat. Donc la configuration de l’Algérie actuelle est l’œuvre des Ottomans.

Vous dites que vous n’êtes pas historien, mais votre travail est justement un travail d’historien…
Je dirais que c’est un travail d’académicien. J’ai fait des études de sociologie et j’ai les outils d’un universitaire. L’historien, lui, cherche dans le détail de l’histoire, il s’intéresse à des faits et des pratiques bien précis, qui peut-être n’intéressent pas le grand public. Moi je cherche à faire parler ces trois siècles de présence ottomane qui sont une période importante de notre histoire et qu’il faut assumer.

Comment justement faire parler cette période alors qu’il y a un manque d’archives que déplorent la majorité des spécialistes?
Il y a toujours des traces. Par exemple, les correspondances entre les consuls, entre les ports, il y a des bordereaux concernant les échanges, il y a aussi des écrits faits par certains auteurs et historiens. Il y a toujours des informations à exploiter mais ce n’est pas le travail d’une seule personne c’est le travail en principe de tout un Etat, du ministère de la Culture, de l’Enseignement. Il faudrait créer des ateliers de recherches, comme c’est le cas en Tunisie où il existe un centre de recherche privé, la fondation Temimi, qui est spécialiste de la période ottomane. Il faut aussi combler le vide qui existe dans notre histoire en tenant compte de tous les facteurs et de toutes les périodes. C’est aussi une manière de reconstruire notre identité loin de toute manipulation.
 H. M.

  • reboisement  barrage Douira
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Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la femme, le Palais de la culture, Moufdi-Zakaria organisera, le 6 mars à 13h, deux expositions, l’une artisanale et, l’autre, de beaux-arts féminins.


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Le Haut-Commissariat à l’amazighité organise, le 8 mars, dans la wilaya de Tipasa, une table ronde suivie d’une présentation exclusive des actes du Colloque international «La résistance de la femme dans l’Afrique du Nord de l’Antiquité au XIXe siècle».

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